vendredi 1 juin 2012

Zdeněk Zeman


   À nouveau plongé dans des histoires de matchs truqués qui ont récemment couté à Criscito un euro, le football Italien n'est pas au mieux. Un homme vaut cependant la peine que l'on s'y intéresse. Grâce à lui, Pescara, modeste club abonné à la série B depuis plus de 20 ans et fraîchement champion pour la deuxième fois de son histoire, jouera l'année prochaine dans la cour des grands. Ce qui peut tenir d'un miracle pour certains n'est pour lui qu'un challenge de plus de réussi.

La résurrection


   Lui, c'est Zdeněk Zeman, illustre tacticien qu'on avait un temps cru ne plus jamais revoir sur un banc après qu'il eut annoncé sa volonté d'en finir avec le football en 2008 et une expatriation ratée à l'étoile rouge de Belgrade. Un retour aux sources et un titre plus tard, le prophète semble s'être offert une seconde jeunesse. Sa fontaine de jouvence à lui se trouve à Foggia, club avec lequel il a connu son premier licenciement, d'abord, en 1987, après une expérience réussie à Licata et un titre de série C2. Mais Foggia, c'est aussi et surtout le club qui l'a révélé. En 1989, Zeman se voit offrir une seconde chance, et accepte le poste. Grand bien lui en en prend. En 5 ans, le tchèque va se faire un nom et faire vivre au club ses plus belles années. Après s'être stabilisé en Série B, il offre aux rouges et noirs le titre. S'en suivent de belles années en Série A avant un retour à la réalité qui les enverra jusqu'en série C2, dégringolade annoncée qui coïncide avec le départ de Zden
ěk Zeman à la Lazio puis à la Roma, où il amènera chaque saison son club aux cinq premières places du championnat, sans pour autant jamais pouvoir avoir le mérite d'accrocher à son mur un titre de champion d'Italie. C'est donc tout naturellement qu'il choisit de faire son retour sur les terrains en 2010 à Foggia, avant de mener Pescara à la série A et d'ajouter une troisième ligne à son palmarès. Et là est tout le paradoxe du monsieur. Car contrairement au nombre de clopes qu'il se fume chaque jour, ses titres glanés se comptent, eux, sur les doigts d'une main. Zeman n'a en effet rien de mieux à accrocher à son tableau de chasse que deux titres de série B et un titre de série C2. Avant tout adepte du football offensif, celui pour qui "perdre n'a jamais été une humiliation" recherche plus que d'être mondialement connu. Briller sur la scène européenne, c'est trop peu pour lui. Ce qu'il veut, c'est jouer au football, et surtout, avant toute chose, marquer.

Football Total


   C'est à se demander ce qui est, finalement, le plus atypique chez lui. Sa carrière qui l'a fait voyager de Messine à Lecce en passant par Salerne, Palerme, Naples ou Avellino, ou bien son style de jeu. Reconnu pour sa vision ultra offensive et technique du football, à aucun moment le natif de Prague n'a fait une croix sur ses convictions footballistiques, allant jusqu'à monter au front quand on lui demande de s'exprimer sur Mourinho, entraîneur jugé par beaucoup défensif lorsqu'il est à la tête de l'Inter: "C'est sur, avec lui, les tifosi nerrazurri ne verront jamais du beau jeu". Produire du jeu et offrir du spectacle est pour lui la priorité, avant les titres. S'inspirant du 4-3-3 mis en place par Rinus Michels à l'époque de l'âge d'or de l'ajax et du football hollandais qu'il a sublimé bien avant Cruyff et Guardiola, son jeu s'appuie avant tout sur un trio offensif à une pointe accompagnée par deux ailiers, toujours en mouvement et redoutablement efficace. De son système de jeu, ce sont encore ses anciens joueurs qui en parlent le mieux, comme l'explique le regretté Franco Mancini, qui occupa les cages de Foggia pendant la Zemanlandia: "Zeman n'avait qu'un seul mot à la bouche : l'attaque. Les attaquant devaient jouer très haut, les défenseurs se plaçaient sur la ligne médiane et même moi qui était gardien, je devais sortir sans cesse à trente mètres de mes buts. Personne ne savait comment nous jouer". Des exemples? Lors de la saison 2004-2005, il permet à Lecce d'accrocher une honorable 11ème place tout en finissant deuxième meilleur attaque de Série B, avec une ligne offensive composée, entre autres du jeune Mirko Vucinic. En 1991, alors fraîchement promu avec Foggia, il va finir meilleur attaque du championnat, bien que terminant à la neuvième place de Série A. Et vingt ans après, Zeman continue de prôner un football total. Avec lui cette année, Pescara inscrit la bagatelle de 90 buts, quand la deuxième meilleure attaque du championnat en compte 63. Ciro Immobile, 22 ans, finit meilleur buteur de Série B avec 28 buts, loin devant les autres. Ses deux coéquipiers d'attaque, Tavano et Sansovini occupent également le top 10, finissant respectivement avec 19 et 16 réalisations. Mais cette saison, la plus belle victoire de Zeman est surtout d'avoir révéler au grand jour le jeune Marco Verratti, milieu axial de 19 ans, pré-sélectionné par Prandelli pour l'euro, bien qu'ensuite raccompagné chez lui mais néanmoins promis à un brillant avenir. Un jeu porté vers l'attaque a cependant ses limites, qui plus est au pays du catenaccio et de la contre-attaque. Zeman a, avec Pescara, encaissé l'année dernière pas mois de 55 Buts. Le Torino, deuxième, n'en a concédé que 28.

Le retour à la Roma

   Toujours en quête de nouveaux défis, sans pour autant opter pour un quelconque dépaysement, Zdeněk zeman s'est vu confié il y a quelques jours le chantier laissé par Luis Enrique à la Roma, club qu'il a déjà connu de 1997 à 1999. L'occasion pour le grand public de découvrir enfin l'un des tacticiens les plus doués que le football n'est jamais connu. Et nul doute cependant qu'il ne changera quoi que ce soit dans sa manière d'aborder les matchs. Il sera néanmoins,cette fois-ci, dans l'obligation de faire gagner à la louve un titre, sentant derrière lui le souffle de quatre années de disette. Aussi, ce dernier retour est peut-être l'occasion pour Zeman d'être, à 64 ans, enfin reconnu à sa juste valeur comme l'un des entraîneurs les plus influents de ces 30 dernières années. Car comme le chante si bien Oxmo, "L'histoire oublie les héros, pas les vainqueurs".