mardi 19 mars 2013

Michael Owen, d'un ballon d'or à Stoke City




La nouvelle est tombée ce matin. Michael Owen, 33 ans seulement, mettra un terme à sa carrière une fois la saison terminée. Plus que des buts et un ballon d'or, l'attaquant anglais emporte avec sa paire d'Umbro pas mal de regrets et d'interrogations.

Andy Cole, Geoff Hurst et Kevin Keegan

"Big day today. I have decided that this will be my last season as a professional footballer". Pas de conférence de presse, pas d'annonce télévisuelle, c'est via Twitter et ces quelques caractères que l'ex Reds a fait part de son souhait de raccrocher les crampons au terme de la saison.  Une discrétion qui lui va finalement si bien, tant Owen semble n'avoir jamais était en mesure de confirmer réellement tous les espoirs que la nation avait placés en lui. Pourtant, tout laissait à penser que le natif de Chester serait en mesure, comme Geoff Hurst avant lui, de permettre à l'Albion de décrocher une coupe du monde. Gamin au talent précoce et malgré sa petite taille,  Owen impressionne très vite, au point de rejoindre la school of excellence de l'association de football britannique, au même titre qu'Andy Cole, dès l'age de 14 ans. Deux ans plus tard, et bien qu'il supporte les Toffees, c'est avec Liverpool qu'il signe son premier contrat pro, en 1996. La même année, il contribue à la victoire de son club en FA Cup et claque ses premiers pions. Sa vitesse balle au pied et son efficacité face au but lui permettent de très vite s'affirmer et de taper dans l'oeil du manager anglais de l'époque, Glenn Hoddle,  qui l'invite à disputer le mondial 1998 avec les Three Lions. Et bien que cette sélection puisse porter à débat, l'adolescent va vite montrer au monde toute l'étendue de son talent et faire taire les sceptiques, notamment grâce à un but qui le résume parfaitement. En huitièmes face à l'Argentine, alors que le match bat son plein, Owen va profiter d'une ouverture de Beckham pour définitivement gagner le coeur des anglais. Aux 50 mètres, il élimine son vis-à-vis en caressant son ballon d'un extér du droit des plus délicats, passe la cinquième et s'envole. Lancé à pleine vitesse, il met un vent à Ayala à l'entrée de la surface et crucifie Roa d'une frappe croisée. L'Angleterre échouera ensuite aux tirs aux buts, mais le Royaume prend conscience du potentiel du jeune anglais. Trois ans plus tard, c'est la consécration pour Owen qui atteint les sommets et remporte le ballon d'or 2001, suivant l'exemple de Kevin Keegan 22 ans plus tôt. Ces 158 buts en moins de 300 matchs sous les couleurs des Reds vont lui permettre de signer au Real en 2004. Mais là où beaucoup y voient la possibilité pour l'attaquant anglais de franchir un nouveau palier, cette signature va être le déclenchement d'une lente descente aux enfers.

Raul, Alan Shearer et Ryan Giggs

Car comme beaucoup après lui, son passage à Madrid ne va pas lui permettre de confirmer. Pire encore, elle va le détruire. Concurrencé par Raul et Ronaldo (excuse), Owen ne parvient pas à se faire une place au sein du onze titulaire merengue. C'est alors qu'il décide de s'engager en Août 2005 avec Newcastle, avec l'espoir secret de marcher sur les traces d'Alan Shearer. Il n'en sera rien. Avec les Magpies, il se blesse une première fois au métatarse du pied droit, puis se déchire les ligaments avec l'Angleterre pendant la coupe du monde en 2006. La suite, on la connait. Owen n'arrivera jamais à retrouver le niveau qu'il lui avait permis de s'affirmer comme l'un des attaquants les plus talentueux de l'histoire. Il ne fera pas non plus gagner de coupe du monde à l'Angleterre. En vrai, Owen n'a même pas été capable de remporter une ligue des champions, et ne peut se vanter que d'une Coupe de l'UEFA glanée avec Liverpool en 2001, lorsqu'on lui demande d'énumérer ses trophées. Un faible palmarès pour un ancien ballon d'or. Son passage à Manchester United lui permettra aussi de décrocher un titre de champion d'Angleterre en 2011, son premier et unique, remporté à l'age de 31 ans. C'est d'ailleurs avec les Red Devils qu'il fera lever les foules une dernière fois, lors d'un derby des plus chauds gagné 4-3 par United face aux citizens et un but victorieux inscrit à la 96ème, sur une passe de Ryan Giggs. Cette année, avec Stoke, Michael Owen se montre une nouvelle fois discret. Sur le pré à sept reprises, l'enfant prodige du Royaume n'a inscrit qu'un seul but. A 33 ans seulement, il était finalement peut-être temps pour Michael Owen de tourner la page.

lundi 4 mars 2013

Que vaut réellement la Bundesliga?




   La donne a changé. Depuis quelques temps, une partie de la sphère footballistique se plait à affirmer que la Bundesliga est devenue le championnat le plus attrayant d'Europe, et donc du monde. Adouber la Premier League est devenu trop mainstream, presque autant que relever le bout des manches de son t-shirt asos. Lassés d'entendre leurs potes vanter les mérites du championnat rosbeef,  certains préfèrent donc se rattacher au championnat allemand, pensant qu'en faire les éloges suffit à leur octroyer une crédibilité en terme de connaissance du ballon rond. Mais concrètement, où se situe le niveau de la Bundesliga? Analyse.

La qualité de jeu

   On ne va pas se mentir, mater un match au pays des teutons, c'est quand même bien bandant. Des lourdes frappes, des décrochages, des lourdes frappes, des buts, des retournements de situations, des lucarnes à foison, des lourdes frappes... ce que demande le peuple. Au niveau de la qualité de jeu, la Bundesliga n'a rien à envier aux grands championnats européens, et a permis l'éclosion de talents tels que Reus, révélé à Gladbach, Badsturber au Bayern ou encore Götze à Dortmund, excusez du peu. La formation allemande est aujourd'hui la plus performante d'europe, où en tout cas celle qui régale le plus. Et c'est tout à son honneur quand on voit la difficulté qu'a la France à garder au sein de ses frontières ses purs produits du terroir, ces derniers n'hésitant pas à dire merde à la ligue 1 et à s'exiler vers des territoires plus enclins au développement de leur potentiel alors qu'ils n'ont ni permis, ni bac en poche. En témoignent les départs de Pogba, formé au HAC, Niang de Caen ou Varane, l'enfant du Nord, qui ont préféré mettre le cap vers de plus grandes écuries européennes, ne voyant aucun intérêt à signer au sein de pointures nationales comme l'OL, l'OM ou le PSG. Et on les comprend, tant grand bien leur en a pris. Et même si le meilleur élément de la Mannschaft évolue aujourd'hui au Real, il ne faut pas oublier que c'est sur les terres allemandes que le talent de Mesut Özil s'est révélé, au Werder, tout comme son compatriote Kedhira, resté quatre ans au VFB Stuttgart. L'Allemagne met l'accent sur la formation, prend le temps de former ses pépites, et on ne peut qu'approuver. La Bundesliga est également un vivier au sein duquel la sélection nationale n'hésite pas à se servir, comme le montre la provenance des mecs convoqués. Sur les 23 derniers joueurs sélectionnés pour la rencontre amicale face aux Pays-Bas, seuls quatre éléments n'évoluaient pas en Bundesliga. Ce qui n'empêche pourtant pas les hommes de Löw de passer les phases de qualification sans encombre et d'atteindre, depuis 2006, le dernier carré de chaque coupe du monde et championnat d'europe. La Bundesliga surfe aussi sur la vague des jeunes entraîneurs insouciants qui n'hésite pas à produire du jeu, comme Jürgen Klopp au Borussia, Thorsten Fink à Hambourg ou encore Thomas Tuchel à Mayence. Elle peut également se targuer d'attirer des tacticiens reconnus tels que Lucien Favre, entraîneur de Mönchengladbach ou Félix Magath, aux commandes du VFL Wolfsburg. Alors à moins de passer ton aprèm devant Greuther Fürth-Fortuna Düsseldorf, regarder un match de Bundesliga, c'est quand même l'assurance de passer un bon moment et de te régaler, aucun doute là-dessus.

L'ambiance

   Bon là, on en fait trop. Oui les stades sont pleins, oui les gens sont souriants, et oui c'est surement très compliqué d'aller gagner au Westfalenstadion. Mais sincèrement, en terme d'ambiance, pas sur qu'un derby romain ait beaucoup à envier à un Borussia Dortmund-Bayern Munich ou même à un derby de la Rhur. Alors d'accord, à choisir, il est clair que tu préfères amener tes gosses dans la Südtribüne à Dortmund plutôt que d'aller squatter avec eux la curva sud du stadio Olimpico, mais là n'est pas la question. En terme de frissons procurés et d'ultras, il est certain que la Bundesliga a des concurrents de taille de l'autre côté des Alpes ou encore outre-Manche.

Le suspense

   L'un des arguments pour venir détruire les propos des amateurs de chorizo qui font l'éloge de la Liga. Oui mais là aussi, la Bundesliga tend à se résumer en un duel entre le Borussia Dortmund et le Bayern Munich. Micoud et Klose n'évoluent plus au Werder, Misimovic et Grafite ont préféré respectivement partir en Chine et aux Emirats plutôt que de s'inscrire dans la continuité à Wolfsburg après leur titre acquis il y a quatre ans, ressemblant d'avantage au Bordeaux de Laurent Blanc cru 2009, où la plupart des joueurs étaient clairement en sur-régime l'année de leur sacre (des nouvelles de Chamakh?). Quant à Leverkusen, le Bayer n'a définitivement pas les capacités pour rivaliser, à terme, avec les deux géants allemands. Néanmoins, c'est peut-être aussi là le signe que la Bundesliga est en train de prendre de l'ampleur. Avec l'ascension du Borussia et la main mise du Bayern, il va devenir de plus en plus difficile de venir titiller les deux colosses, et les équipes vont devoir hausser leur niveau de jeu pour espérer glaner le titre en fin de saison. Un mal pour un bien, finalement.

La comparaison au niveau européen

   En trois ans, le Bayern a perdu deux finales de champion's league, quand depuis 2005, chaque membre du big four est, au moins une fois, arrivé en finale, si l'ont fait l'impasse sur l'édition 2010 et cette confrontation remportée par l'inter de Mourinho au détriment des munichois. Vu de cette façon, il est donc tout de même difficile de ne pas admettre que c'est en Angleterre que jouent les meilleurs équipes, et que la Premier League compte dans ses rangs plusieurs teams qui font partie du gratin européen.

   Finalement, si l'on devait résumer la situation de l'Allemagne en quelques mots, ce serait les suivants: toujours placé, jamais gagnant. Mais en réalité, être allemand, c'est accepter de perdre, et souvent de façon tragique. Défaits lors des deux guerres mondiales, l'histoire semble prendre un malin plaisir à se répéter à travers le football. Les allemands continuent d'entretenir cette réputation de perdants, qui ont toutes les cartes en main, mais qui ne peuvent s'empêcher de tout faire foirer, remember la finale perdu par les munichois sur leurs terres en 2012, ou encore l'élimination de la Mannschaft en demi face à l'Italie, en 2006, dans une coupe du monde qui devait être la leur, synonyme de premier titre mondial pour l'Allemagne depuis sa réunification. Les allemands vont jusqu'à remettre en cause les propos de Lineker qui, à la suite de la défaite des anglais en demi lors de la coupe du monde 1990, affirmait: «Le football est un sport simple : 22 hommes poursuivent un ballon pendant 90 minutes et à la fin, les Allemands gagnent toujours». Il n'en demeure pas moins qu'à travers son championnat, l'Allemagne favorise sa formation et met toute les chances de son côté, en se chargeant de l'éclosion de leurs futurs grands et en opérant un réel suivi, s'appuyant sur le modèle espagnol, pour enfin espérer se mettre à gagner. Et nul doute que quand l'Allemagne s'éveillera, le monde tremblera.